Anis Jaziri parle de coopération Sud-Sud

Anis Jaziri parle de coopération Sud-Sud

Le Tunisia-Africa Business Council (TAVC), cercle de conseils en gestion et en actions de dirigeants d’entreprises tunisiens, prend un nouvel élan, en 2020. Fraîchement élu, son président Anis Jaziri explique la place du TABC et celle de la Tunisie, dans sa conquête de nouveaux marchés en Afrique.

Propos recueillis par Sami Utique

Après avoir pris la direction de TABC, fin juin, vous avez renouvelé votre équipe. Quelles sont vos priorités en matière de stratégie et d’action ?

Dans la continuité des actions entreprises depuis la création de TABC, nous allons améliorer notre accompagnement des entreprises tunisiennes en Afrique. Notre mission passe par l’organisation de missions multisectorielles et sectorielles en Afrique subsaharienne, l’organisation de forums et événements africains en Tunisie. Nous élargissons ce « Networking » en Afrique pour le mettre à la disposition de nos adhérents.

Selon Anis Jaziri, président du TABC : « La coopération Sud-Sud est une démarche pragmatique et constructive »

Par exemple, le TABC encourage les synergies et les opportunités d’affaires, par une analyse plus intelligente et plus efficace. Comme vous l’avez souligné, après l’assemblée générale du 27 juin 2020, le nouveau bureau exécutif élu a tracé sa stratégie d’action et ses objectifs pour la prochaine période. En trois ans, la Tunisie entend doubler ses exportations vers l’Afrique subsaharienne pour atteindre 2 milliards de dinars (616 millions d’euros) en 2024.

Un objectif ambitieux ! Quelles actions pour la mener ?

Nous voulons accentuer l’implantation des entreprises tunisiennes en Afrique, surtout via Abidjan et Dakar comme plateforme pour l’Afrique de l’Ouest, et via Djibouti Kenya comme plateforme pour l’Afrique de l’Est.

Il faudra développer l’accueil des étudiants subsahariens : en 2010, ils étaient 11 000 en Tunisie, après la révolution et les problématiques de sécurité en 2011, le chiffre est tombé à 4 500. Actuellement, la Tunisie accueille 7 500 étudiants subsahariens, or, le pays peut doubler ce chiffre.

D’autre part, nous pouvons développer l’évacuation sanitaire vers la Tunisie et l’investissement tunisien dans le domaine de la santé en Afrique subsaharienne. Je vous citerai les deux centres médicaux inaugurés (ophtalmologique et kinésithérapie) en 2019 par TABC en Guinée Conakry.

Notre stratégie reposera sur le partage des expériences, sur le transfert du savoir-faire et l’expertise tunisienne, dans une démarche gagnant-gagnant. La coopération Sud Sud ne doit pas être un slogan mais une démarche pragmatique et constructive.

À travers notre nouvelle initiative, le Tunisia Business Council World Wide, TABC compte développer la triangulation, une stratégie tripartie pour faire de la Tunisie une plateforme vers l’Afrique. Ceci nécessite l’implication de notre diaspora à l’international et surtout l’appui des autorités pour lever les quelques obstacles d’ordre logistique, réglementaire financier ou administratif.

Comment entrer en résonance avec la diplomatie économique de la Tunisie pour créer des synergies et partir à la conquête du marché ?

TABC depuis sa création a travaillé en parfaite synergie et dans une démarche de partenariat public-privé, avec le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Coopération internationale et celui du Commerce.

Nous allons continuer dans le même sens. Nous nous considérons comme complémentaire à l’action du gouvernement en matière de diplomatie économique. Nous appuyons l’effort de nos diplomates installés dans une dizaine de pays subsahariens et nous comptons sur des relais de haut niveau dans des pays où la Tunisie ne dispose pas d’ambassade.

TABC a organisé trois éditions du forum FITA (Financing Investment & Trade in Africa) en parfaite collaboration avec ces trois ministères, et avec l’accueil de plusieurs ministres subsahariens. À chaque édition, des accords de coopération ont été signés. Un exemple de notre collaboration avec les autorités pour aider nos opérateurs économiques à rencontrer leurs homologues subsahariens et développer nos échanges interafricains !

Les gouvernements se succèdent, créant ainsi une impression d’instabilité. Comment comptez-vous travailler avec le nouveau gouvernement d’Hichem Mechichi ?

La Tunisie est dans une phase de transition démocratique très difficile, dix gouvernements se sont succédé depuis 2011 et des centaines de ministres ont défilé. Cela a rendu notre mission difficile.

Cette instabilité, ainsi que le manque de continuité des hauts commis de l’État, a engendré un effort considérable de TABC. Il a fallu s’adapter à la situation, convaincre à chaque remaniement de la stratégie de notre organisation en Afrique et obtenir l’adhésion des membres des gouvernements successifs pour nous accompagner dans nos différentes missions.

Nous allons continuer le même effort auprès du gouvernement d’Hichem Mechichi, avec la même détermination ; nous espérons convaincre les pouvoirs publics de notre vision en Afrique.

Nous avons aussi démarré une démarche avec l’ARP (Assemblée des représentants du peuple), pour avancer sur de nombreux projets de loi nécessaires à appuyer l’internationalisation des entreprises tunisiennes.

Je songe surtout à la réglementation des changes, encore très contraignante. Dans ce sens, une importante conférence sur le développement en Afrique sera organisée par l’ARP, d’ici à fin octobre, en partenariat avec TABC.

Quels sont les secteurs clés dans lesquels la Tunisie peut avoir un avantage comparatif et des atouts pour aller vers le marché africain ?

Après une vingtaine de missions en Afrique, nous avons bien identifié les secteurs où la Tunisie dispose d’un avantage comparatif et une expertise reconnue à l’échelle continentale : santé et industrie pharmaceutique ; éducation et formation professionnelle ; industrie agroalimentaire ; ingénierie ; TIC ; BTP et matériaux de construction ; industrie mécanique, métallurgique et électrique.

Jusqu’ici, la Tunisie semble être plus forte dans la communication en Afrique que dans l’action. Peut-on néanmoins dresser une carte de la présence tunisienne par secteurs et par régions sur le continent ?

C’est vrai, la Tunisie a accumulé un certain retard dans le développement de sa coopération avec l’Afrique subsaharienne. Ceci se traduit par les faibles chiffres des échanges commerciaux qui ne dépassent pas le 2% par rapport au total de notre échange avec le monde.

Toutefois, on remarque une nette amélioration ces cinq dernières années. Je vous citerai, à titre d’exemple, qu’en 2015, une dizaine d’entreprises tunisiennes étaient présentes à Abidjan, aujourd’hui on compte plus de 60 entreprises installées dans la capitale ivoirienne.

La Tunisie dispose d’avantages comparatifs et d’une expertise reconnue dans plusieurs secteurs : santé et industrie pharmaceutique ; éducation et formation professionnelle ; industrie agroalimentaire ; ingénierie ; TIC ; BTP et matériaux de construction ; industrie mécanique, métallurgique et électrique.

Y sont actives des plateformes commerciales et industrielles, comme les laboratoires SAIPH, leader national de fabrication de médicaments, qui a lancé SAIPH Ivoire, après un investissement de l’ordre de 15 millions d’euros.

Même constat à Dakar, avec des implantations de plus en plus importantes tunisiennes au Sénégal dans différents secteurs, agroalimentaires, services…

Comment TABC vient-il en aide à ses membres aujourd’hui ? Comment trouver les sources de financement des projets d’investissement dans un contexte où l’argent est rare ?

Le monde passe par la pire crise depuis un siècle, qui a affecté le commerce international, le mouvement des capitaux et le mouvement des hommes et des femmes d’affaires. À cause de la pandémie, TABC a reporté ses missions en Afrique subsaharienne et pas mal d’autres actions.

Pour atténuer l’effet de cette crise TABC a axé ses actions sur le numérique et les rencontres virtuelles. D’ailleurs, nous avons achevé le cahier de charge d’un nouveau projet qui sera lancé incessamment, pour créer une importante plateforme électronique d’échange et de développement des partenariats sur l’échelle continentale.

De plus, pour aider nos membres qui ont des difficultés financières, nous les accompagnons avec notre réseau de banques panafricaines et fonds d’investissement, qui ont participé aux trois éditions de FITA (Financing Investment & Trade in Africa).

La pandémie semble bouleverser les économies du monde et bousculer les schémas classiques des échanges. Comment avez-vous adapté vos idées et vos projets ?

La pandémie risque de durer deux à trois ans avant de disparaître ou qu’un vaccin soit efficace, nous permettant de retrouver notre activité normale, nos missions, nos événements africains … Entre-temps, il faut s’adapter à cette situation et continuer à créer des opportunités à distance, en utilisant à fond la digitalisation, les webinars, les salons virtuels, les plateformes B to B, etc.

Source : magazine de lafrique

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